Entre inquiétude et espérance

Comment vous parler de l’Egypte en ce moment ? Que dire de ce qui se passe au Caire ? Quel avenir pour l’Egypte?
Pour nous qui croisons toujours des sourires, que penser de toute cette violence?
Après le fol espoir soulevé en début d’année par la Révolution, le désenchantement était perceptible dès juillet.
En octobre l’ambaince était un peu plus lourde encore car les problèmes économiques ont eu raison de l’optimisme. La résignation gagne peu à peu du terrain.
Si certains voulaient encore sourire et disaient qu’ils préféraient vivre pauvres mais libres, le discours était différent pour ceux qui ont une famille à nourrir.

Sur les murs les croissants enlacent les croix pour clamer l’unité du peuple égyptien, quand bien même certains essaient de dresser les uns contre les autres.
Sur ces mêmes murs les Egyptiens ont écrit ” Give me liberty or give me death”.

Les caléchiers hèlent les clients sans conviction et les chevaux sont amaigris.
Les conducteurs des bateaux peuvent somnoler en attendant le touriste qui ne traverse pas…
Lors des vacances de la Toussaint nous avons pourtant vu les touristes revenir et cela nous a rassurés.
Le souk se réveillait d’un long sommeil.

Mais voilà que l’incertitude revient et avec elle l’angoisse du lendemain.
Elle coûte cher la liberté, mais elle leur est si chère !

Pour nous octobre a été une période d’activité intense, très riche et comme d’habitude empreinte d’émotion.
Visites de familles, d’ écoles maternelles que nous suivons ou qui vont être aidées, et des classes d’alphabétisation des femmes. La classe de Qatar s’est terminée avec un bon taux de réussite à l’examen.

La nouvelle classe d’alphabétisation se situe dans le village d’el-Kôm. De nombreuses femmes s’y sont inscrites. Et c’est là que nous avons fait la plus joile des découvertes : une toute petite dame, toute vieille et ridée comme un pruneau. Naïma doit avoir 80 années bien sonnées et elle nous annonce qu’elle veut apprendre à lire et à écrire elle-aussi.
Elle a du mal à le tenir ce crayon qui lui file entre les doigts! Elle rit. Et elle s’applique à réciter tou haut les premières lettres de l’alphabet, en choeur avec les autres.

C’est sans doute une des plus belles images qui restera de l’année 2011. Elle symbolise à elle seule la volonté de tout un peuple : volonté de changement, volonté d’avancer, de progresser!
Merci Naïma pour cette espérance !